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Le Noël d'Aline

Elle est arrivée à pied au village, Aline, il y a longtemps, son bagage à la main, venant chercher du travail ; si longtemps …, Il semble qu’elle a toujours habité là, dans cette pauvre masure abandonnée, perchée à 2km. au-dessus du village,
On l’appelle l’étrangère ; depuis toutes ces années elle ne se mêle pas à la vie du village. Elle fait des lessives, aide aux travaux des foins, coupe du bois et regagne l’éperon rocheux qui abrite son logis, partagé avec quelques animaux, arrivés là, blessés ou affamés, durant les longs hivers.

Une fois par an cependant, elle se joint aux villageois : le 24 décembre, pour la messe de minuit.
Elle chausse ses souliers à clous, ses jambes protégées par de vieilles bandes molletières, elle enfile une vieille cape de laine, allume sa lanterne, et, brassant la neige, elle glisse sur le sentier escarpé qui mène au village.

Mais voilà que cette année, quelques jours avant Noël, la vieille se trouve clouée sur sa paillasse par une mauvaise grippe. Bien décidée à se rendre à la messe, elle avale quelques potions de grand-mère et la veille de Noël, elle sort de chez elle en grelottant sous sa cape. Elle se cramponne à sa lanterne qui vacille dans la nuit et elle descend vers le village. Un bruit de meringue que l’on écrase : ce sont ses pas qui s’impriment sur la neige froide

Elle peine la vieille, elle peine à respirer, ses jambes la portent avec difficulté ; cette année le chemin est bien long. La voilà qui glisse sur une racine et se retrouve à plat ventre, la tête dans la neige. Sa lanterne s’éteint. Avec difficulté elle se relève, Elle n’est plus très loin du village, mais il faut qu’elle s’arrête quelques instants, ses jambes l’abandonnent. Elle s’assied pour reprendre son souffle, les mains jointent sur sa lanterne. Elle regarde en bas, le village. Elle voit les petites flammes portées par les villageois, qui font comme des petits ruisseaux dorés qui se dirigent vers la place de l’église. Ses yeux se ferment … juste un instant !
Mais bientôt, une à une, les lumières sont avalées par le porche de l’église et la vieille s’est endormie.

Bientôt elle est réveillée par un souffle chaud sur son visage. Elle ouvre les yeux : un âne gris se tient près d'elle « Mais c’est la Providence qui t’envoie ! ». Elle
s'accroche à son cou, se relève, enfourche l’animal qui se met en route. Au bout d’un moment Aline ne reconnaît pas le sentier qui même au village. « Mais ou va donc ce fichu !animal ? »
La vieille se dit qu’il connaît son chemin et qu’au bout de la route il y a certainement son étable, où elle pourra se reposer au chaud pour la nuit.

La vieille somnole et se laisse guider. L’âne parcoure ainsi un long, un très long
chemin et finit par s’arrêter devant une grande et belle demeure. Aline descend de sa monture, regarde les nombreuses fenêtres qui diffusent une douce lumière qui réchauffe la nuit. Elle se retourne, mais l’âne a disparu !

Elle s’avance donc vers la majestueuse porte, qui s’ouvre avant qu’elle ait pris le temps de frapper. Un souffle chaud la frôle, une odeur délicieuse de cannelle, de miel et de biscôme ; un homme lui met la main sur l’épaule et l’entraîne à l’intérieur :
- Entre donc Aline, nous t’attendions .
M’attendre, moi ? Jamais on ne m’a attendue !
La porte se referme ; voilà Aline qui se retrouve dans une pièce pleine de monde. L’homme la pousse gentiment :
-Allons Aline ! Viens-t-en, assied toi, mange, bois, réchauffe-toi !
Timidement la vieille s’avance. Un grand feu crépite dans la cheminée. Il fait bon. Emile le forgeron la salue :
- Bienvenue Aline
Emile ? Je croyais qu’il était mort l’an dernier !
- Ca va Emile
-Bien Aline, merci
Et Pauline qui me sourit, on m’a dit qu’elle était passée à Pâques d’une mauvaise grippe ?
Et Gustave, j’étais certaine que lui aussi était passé :
- Ca va Gustave ?
Et Gérald le fils de la Louise, il est mort lui, j’en suis sûre, on l’a enterré en grande pompe juste après les foins !

Elle ne comprend rien Aline, elle entend juste la voix douce de l’homme :
- Viens-t-en Aline, réchauffe toi, mange, bois »… C’est tout …..

Lorsque je pense à cette histoire, Il me plait d’imaginer qu’un jour, il y aura au bout d’un long, très long chemin, une grande et chaude maison où flottent des odeurs de miel et d’épices , une maison abritant un bon feu qui chante dans la cheminée ; un lieu accueillant et paisible où nous nous retrouverons tous, autour d’une table festive, entourés de ceux qu’on aime … Mais le plus tard possible, bien sûr!

Souvenir d’un récit probablement entendu dans l’enfance …la conteuse


Le Noël d'Emile

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ET si l’on s’asseyait là, blottis sous la couverture, autour de la cheminée, comme s’il y avait du vent dehors. Je vous fais un bon chocolat chaud, de quoi satisfaire les papilles par les volutes de vapeur chocolatée qui s’échappent du gros pot laissé sur la table et l’on se laisse emmener un moment vers de la magie de Noël. Au temps où Emile, bûcheron de son état, vivait dans un tout petit village de montagne.

Toute sa vie il l’a passée là, travaillant dans les forêts de sa vallée natale. Les sapins, vous pensez : il connaît !
Depuis des années il en dépose un, tous les 23 décembre, devant chaque maison du hameau. C’est son cadeau pour les amis, les voisins. Il y a tant de choses à préparer pour les fêtes que le geste d’Emile est toujours le bienvenu.

Habitué à en rapporter un à Rose, sa femme, il a laissé son sapin devant la maison.
Cette année elle n’est plus là Rose, elle est partie « très haut », pour babiller avec les anges, en laissant là Emile, bien seul, malgré la compagnie de son vieux chien.
Le bûcheron est si triste qu’il a dit, à qui voulait l’entendre, que désormais il ne fêterait plus Noël.
Le soir du 24 décembre, un dernier regard vers les fenêtres illuminées du village et il va se coucher. Il se rappelle les beaux Noël avec Rose, les odeurs de zestes d’orange et de brins d’Epicéa qu’elle faisait brûler sur le potager pour parfumer la chambre, le cake aux fruits des bois séchés, le collet qu’il posait à l’orée du bois pour lui ramener un lièvre qui, ma fois, faisait bien leur affaire pour ce repas de fête… Tout à ses souvenirs il s’endort.

Tout à coup il entend des aboiements, son chien qui vient près du lit et le tire par la manche. Il ouvre un œil, observe de grandes lueurs derrière la fenêtre, entend des bruits devant la maison. Il croit au feu, se lève, se dirige vers la fenêtre et Là : il voit son sapin installé au milieu du jardin, garni de guirlandes et d’étoiles qui scintillent sous la lumière des bougies allumées. Il ouvre la fenêtre : une bonne odeur de vin chaud et de cannelle lui titille les narines. On lui crie : Joyeux Noël Emile ! Viens- t-en nous rejoindre.
L’émotion envahi le vieil homme, une larme roule sur sa joue et vient se cacher dans sa longue barbe de montagnard. Il reste là, debout, derrière la fenêtre ouverte, admirant le spectacle, les mains jointes. Tous les habitants du hameau sont dans son jardin. Pendant un instant il bascule dans son enfance, il revoit le grand sapin au « Noël de l’église du village » l’orange et le biscôme qu’il recevra à la sortie de l’église.
Mais dehors on l’appelle, il enfile prestement ses chaudes bottes et sa grosse veste
de Mouton ; le voilà sortant de sa maison en ajustant son bonnet à pompon.
En le voyant ainsi un enfant s’écrie :
- regardez, on dirait le père Noël !
On va le chercher, on l’accompagne près du sapin, on se salue on s’embrasse. Un enfant lui apporte un bricolage, une jeune femme des chaussettes tricotées spécialement pour lui; Emile n’arrête pas de remercier tous ces braves villageois qui embellissent cette veille de Noël.

Une chaleureuse ambiance envahit le jardin. On a dressé une table sur laquelle on a placé des fruits secs, des pains d’anis, des pains d’épice, des pains aux amandes, des nonettes, du vin chaud, du thé à la cannelle. Ah : quelle dégustation !!! Quelle belle soirée !
Bientôt réunis autour de l’arbre on chante tous ensemble Noël.

Quand il se fait tard et que chacun regagne son foyer, Emile souffle la flamme des dernières bougies et la joie au coeur, décide en allant se coucher, que l’an prochain, s’il est toujours là, c’est lui qui préparera une belle veillée de Noël pour tous ses amis.
conte écrit par la conteuse


Lequel sera l'arbre de Noël

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Depuis toujours, les arbres de la forêt babillent entre eux. Lorsque le vent souffle, toutes leurs feuilles palpitent et se transmettent les nouvelles dans toute la forêt.

La journée, les arbres partagent leur territoire avec les hommes qui vont au bois, mais ils écoutent les conversations et au crépuscule, quand les hommes s’en vont,
le bois redevient le territoire des êtres de la forêt.

A ce moment là, les conversations s’animent. Un peuplier dit au sapin qu’il souhaiterait vivre en ville, là où les gens se parent de beaux vêtements, un frêne élégant, dit qu’on peut s’y promener en voiture.
- Comment savez-vous cela, demande un érable étourdi ?
-Vous n’avez donc pas écouté les gens qui sont venu se reposer autour de nous cet après-midi ?
Tour à tour chaque arbre raconte ce qu’il a surpris ; tous sont unanimes, ils voudraient aller en ville, mais comment faire ?

Un soir d’automne, un ange descend trouver le Grand l’Esprit de la forêt.
Il lui explique qu’il est triste car le peuple de la ville ne possède pas de beaux arbres pour le réjouir. L’ange voudrait lui en offrir un, pour Noël. IL charge de Grand Esprit de ce choix délicat.
Le Grand Esprit, aime pareillement chacun des arbres et ne sait lequel choisir.

L’ange propose donc que ce soit les arbres eux-mêmes qui désignent le plus beau de leur compagnon. Désirant tous aller en ville, les arbres ne veulent désigner aucun d’entre eux.

Déçu, l’ange décide qu’il reviendra dans quelques semaines et que ce sera lui qui désignera l’arbre qui l’accompagnera en ville. Dès qu’il s’est envolé, les arbres se mettent à discuter, chacun d’eux voulant être le plus beau afin d’être l’élu !
L’érable s’habille de jaune doré, le chêne de brun, le frêne de rouge, si bien qu’au retour du messager du ciel, toute la forêt est vêtue de couleurs somptueuses. Seul, le sapin se dresse dans son vieux manteau vert de toutes les saisons.

L’ange vole au-dessus de la forêt et passe les arbres en revue.
- Tous vos vêtements sont vraiment magnifiques, mais résisteront-ils à un long voyage ?
- Certainement répondent tous les arbres en chœur !
A ce moment un coup de vent violent se met à tournoyer et voilà tous les arbres prestement dévêtus.
Seul le sapin est encore habillé de son vieux manteau, au milieu de ses compagnons
nus et consternés.

L’ange reconnaît alors le modeste sapin comme le plus bel arbre de la forêt ; il l’emporte à la ville pour être le compagnon de l’Homme, et, désormais c’est lui qui orne nos maisons à Noël.
Légende estonienne